A mort les vieux!Vu sur la route une pub pour des frites: "comment manger les frites de mamie sans se taper mamie?" Sur l'image, une petite fille dont deux doigts vaguement crochus serrent les joues avec un rien de férocité, tandis que la mignonne fait la tête. J'espère qu'une association ou une autre va porter plainte (je l'aurais déjà fait, si je savsis le faire); une fois de plus (le japonais virtuel, entraîneur de cerveaux, nous avait déjà dit à quel point un jeune cerveau est meilleur qu'un vieux... merci bien!), le vieux est la personne à abattre, la personne à oublier dans son coin, vieux con qu'il est par définition, "vieux" - pardon "senior du troisième âge" - étant par essence synonyme de dégénéré parasite, incapable, inutile, voire encombrant. Certes, il - ou elle - détient quelques vagues secrets culinaires, quelques traditions (la preuve, les frites sus-nommées), mais heureusement, des jeunes bien intentionnés leur piquent leurs trucs avant de dégager la vieille chose aux oubliettes. Bien sûr, c'est du second degré, et sans doute, l'âge me venant aussi, je défends mon propre bifteck, sans aucun sens de l'humour ... Mais le jeunisme crétin sous-jacent à ce type de second degré commence singulièrement à me sortir par les trous de nez. On aura beau jeu de publier ensuite des affiches à faire pleurer les concierges (ça ne va pas tarder, avec les fêtes de Noël) pour supplier les familles éparpillées d'accueillir un vieux oublié pendant les fêtes, histoire qu'il ne passe pas cette période de l'année comme un croûton de pain derrière son fagot, histoire aussi de se gratouiller la bonne conscience en faisant semblant de s'intéresser aux "personnes âgées". En Afrique, un ancien dicton dit "un vieux qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle". Dans l'Afrique qui se construit, qui nous imite et nous envie, ce dicton disparaîtra sans doute un jour, comme il a disparu chez nous. Mais on y a encore le respect du vieux, pour ce qu'il véhicule d'expérience et de savoir. Notre société "civilisée" massacre son passé consciencieusement, insulte ses aînés et encense sa jeunesse à côté de la plaque. Le mot "vieux" y est devenu une insulte, d'ailleurs, et on préfèrera les synonymes et périphrases déjà citées: "senior", "personne âgée", "troisième âge"... Le vieux a des rides, des cheveux blancs, moins de vue, moins d'ouïe, moins de dents que le jeune; son usure nous rappelle fâcheusement qu'un jour où l'autre, chacun de nous marchera de même vers sa propre tombe. Alors, cueillons, cueillons dès aujourd'hui les roses de la vie, comme dit l'autre... Et fabriquons-nous bien vite des jeunes arrogants, ignorants et farauds, qui, du haut de leur incompétence "apprendront la vie à leurs parents", comme dit une autre pub tout aussi conne! Développons chez eux l'ignorance porteuse de violence et de désarroi, privons-les de leurs racines, aidons-les à les couper plus vite, pour être bien sûrs qu'ils se casseront la gueule avant dix-huit ans (30% de suicides chez les jeunes français... un sur trois... cherchez l'erreur...), nommons de jeunes cons à des postes-clés (vas-y, petit Jean!), et vive la société de demain, enfin jeune! On a quand même une consolation réelle: quand tous ces jeunes cons seront au pouvoir, vieux de tous les pays, mes frères et soeurs, nous serons crevés! Quel repos!
Le Samedi 07 Novembre 2009
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