|
Se désabonner
Mercredi 21 mai 2008 Vendredi dernier, ma collègue ayant eu besoin d’un matériel en salle de musique de troisième division, a eu la mauvaise surprise de trouver la salle dévastée, des élèves indélicats ayant volé la clé du placard, jeté le matériel à terre, l’ayant mouillé, pour être certains qu’il ne fonctionnerait plus, et ayant uriné et déféqué au niveau des estrades afin d’être certains d’ajouter le répugnant au lamentable. Certes, lorsqu’un établissement accueille plus de deux mille jeunes, on ne peut pas être certain de ne pas trouver, au milieu d’une telle foule, des individus perturbés, voire désaxés ; cependant, on est amené à se demander quelles valeurs les familles développent auprès de ces mêmes jeunes pour que l’idée leur vienne seulement à l’esprit d’adopter un tel comportement, lâche, mesquin, stupide aussi, car le matériel abîmé est celui qui permet aux enseignants d’animer les cours agréablement. On aurait envie de dire un comportement bestial, mais, comme l’a dit naguère l’humoriste avec beaucoup de désillusion sur la nature humaine, le mot est impropre, car seul l’être humain a des attitudes aussi ineptes ; mélanger ses excréments à son lieu de vie, les bêtes ne le font pas. Le vandalisme ayant été prémédité – la manière dont la porte s’est retrouvée opportunément ouverte le prouve – on est également amené à se proposer des réponses bien désagréables aux questions que suscite immanquablement de tels actes : quel est le degré de perversion des élèves qui se sont livrés à cela ? Quel est leur âge mental, aussi ? Car enfin, casser ses jouets et faire pipi partout, en théorie, c’est une attitude qu’on trouve en crèche, et, pour les plus immatures, en maternelle ; passée l’école primaire, on adopte le langage articulé, l’argumentation et le dialogue. Qu’est-ce qui pèche chez nos jeunes pour qu’ils choisissent une telle régression ? Qu’ont-ils voulu prouver par une sottise aussi coûteuse et malpropre ? Bien sûr, il y aura enquête, bien sûr, il y aura remous dans l’école ; et ensuite ? Une fois les coupables sanctionnés, une fois la salle nettoyée, il restera tout de même l’impression bien décevante qu’en proposant à nos collégiens un matériel neuf et performant, en mettant sur l’estrade des enseignants convaincus, dévoués et enthousiastes, en imaginant sans cesse le meilleur pour les intéresser, on donne parfois de la confiture aux cochons. Il reste à souhaiter que ce qui est nécessairement le fait d’une poignée d’imbéciles ne décourage pas mes jeunes collègues enthousiastes ; il reste à souhaiter que les élèves normaux sachent réagir avec l’intelligent dégoût qu’on est en droit d’attendre de jeunes gens qu’on prend la peine de mettre en école privée pour diriger leur éducation selon des règles, des normes et une certaine philosophie ; il reste à souhaiter qu’on ne connaisse plus jamais ce type d’attitude, qui relève du droit commun plus que de ce que doit vivre une école. Votre bien dégoûtée, ...
Samedi 07 Novembre 2009Poster un commentaire
Mon ami de si loin,
C’est drôle, mon fils (et quelques autres, car il est disert, parfois) ont remarqué ma rentrée tardive, trop tardive pour un simple dîner… et pourtant… Pas de quoi écrire un scoop, n’est-ce pas. Décidément, étrange relation que la nôtre. Je te sentais, tout au long de la soirée, à la fois timide et éperdu, brûlant de tendre la main (et sans doute autre chose), et puis décontenancé par mon absence de réponse. Tu as des côtés très épagneul, parfois… C’est touchant, émouvant, aussi, mais tellement dangereux. Nous avons l’air d’avoir vécu une histoire similaire, l’histoire si banale de tant de gens ; on s’aime, on ne s’aime plus, et on se quitte, alors on recommence, ailleurs, autrement. Je ne veux pas être cruelle, encore moins coquette (pas mon genre, je crois), et il me semble que certaines choses doivent être comprises, donc lues, mijotées, digérées ; d’autant qu’il y en a, dans le tas, que je ne peux pas dire, seulement écrire. C’est d’ailleurs pour ça que je ne vois pas de psy : il y a des choses que je ne peux formuler que dans le silence et la solitude de ma chambre, comme pour moi seule, car la cruauté n’en dépasserait pas mes lèvres sans un torrent de douleur impossible à arrêter. Non, nous n’avons pas vécu la même histoire ; personne ne vit la même histoire, même si elles se ressemblent toutes, de l’extérieur. Je t’écoutais me raconter ta dernière maîtresse, observant comment tu as pris ton existence à rebours, finalement ; quittant ta femme pour retrouver ta plus récente maîtresse, une des plus fidèles, à tout le moins, et puis, quittant aussi celle-là, et revenant à une autre encore plus ancienne ; ça va être dur, maintenant, car il me semble bien qu’il n’y a personne avant moi (chronologiquement, s’entend) ; n’en traîne-t-il pas quelques autres, au milieu ? Non, sans doute, ou bien de simples passantes, avec qui un avenir se situerait dans l’inconcevable. C’est très masculin, cette histoire de remplacement : mes frères sont tellement étonnés que je n’ai pas « pris » quelqu’un d’autre. Remarque, leurs épouses se sont « recasées », ça explique peut-être… Je suis incapable de remplacement, et j’ai peur que ce ne soit terriblement définitif. Ça, c’est dit, on peut continuer. J’ai eu infiniment de plaisir à passer cette soirée avec toi, même si parfois ta convoitise prenait une proximité un peu gênante. Un nouveau point au long pointillé qu’est notre relation, c’était bon, c’était doux ; en plus, j’adore le saumon sous toutes ses formes. J’ai trouvé mon gâteau un peu compact, et j’avais oublié la cannelle, mais bon, il avait un côté popotte qui m’a rappelé mon chez moi, j’étais bien, et j’espère que je le serai encore quelquefois. Mais… Il y a toujours des « mais ». J’ai longuement pensé au jour où nous nous retrouverions, « après » ; ça fait deux ans que j’y pense, comme tout le monde, (y compris sans doute mon ex) ; mon frère a commencé par me parler de toi, lorsqu’il est venu « me consoler », et je dois reconnaître que j’attends ton coup de fil depuis au moins un an. Rappelle-toi, tu m’as appelé, par hasard (ou parce que c’était la date : tous les dix-huit mois, environ, là, ça faisait un peu plus, parce que ton divorce te prenait du temps), et lorsque je t’ai appris la nouvelle (« ma » nouvelle), tu m’as dit « mais pourquoi tu ne m’as pas appelé ? », et je t’ai répondu « mais je T’AI appelé » ; et puis… et puis rien. De longs mois ont passé à nouveau, et tu t’installais avec ta nouvelle chère et tendre, je repassais dans la toile de fond des nostalgies inguérissables, mais pas si désagréables à gratouiller, finalement. Ma fidélité, et la tienne, sont des choses sur lesquelles on peut s’appuyer, pour toujours, n’est-ce pas ? Ta « nouvelle » se barre, et, quelque part, timidement, à ta façon à la fois si drôle dans sa dialectique (tu me fais rire, et c’est si bon, de rire, c’est une chose si oubliée, dans ma vie, j’aime tant les gens qui choisissent leurs mots avec soin…), et si opiniâtre dans sa récurrence, tu m’appelles, on se voit, on espère, sans espérer, tout en espérant quand même ; après tout, il y a des questions, si on ne les pose pas, on ne sait pas ce qu’on vous répondra, ça ne coûte rien d’essayer ; tu te prends même à rêver, que je réchauffe les plats, que je repasse tes chemises… Ce n’est pas ça que tu attends de moi, mais… Que de « mais… », et de « après tout… », dans notre histoire. Je t’entends parler de la rancune des femmes, et je t’imagine me lisant et te disant, furtivement « la salope, elle me décortique tout, et je ne savais pas que je n’avais pas le droit à l’erreur, à ce point-là ». Mais non, les femmes n’ont pas plus de rancune que les hommes ; elles ont parfois de la mémoire, c’est tout, et peut-être (n’est-ce que moi ?) le goût pour la reconstitution (j’aurais peut-être fait un bon flic, finalement). C’est tout ce qui me reste, l’analyse. Toi, tu fais ça chez ton psy, moi je fais ça devant l’ordinateur. Tranquillement, impitoyablement, peut-être, mais avec une très paisible lucidité. Non, je n’essaierai pas un bout de chemin avec toi, ni maintenant, ni jamais ; ça n’empêche pas notre tendresse, infinie, nos refoulements, sans doute aussi infinis. Et il ne s’agit d’aucun grief personnel, crois-le bien ; moi aussi, j’ai pensé à un « remplacement » possible, et je te jure bien que tu es la seule personne à qui j’ai pensé pour cela. Vieillir ensemble, si j’avais encore le goût de vieillir avec un compagnon aimant, il n’y a qu’avec toi que j’aurais pu l’envisager. Et lorsqu’il m’est arrivé de me penser un avenir amoureux, il n’y avait que toi dedans, parce que je suis convaincue que tu es le seul homme qui m’ait jamais aimée, sans limites, totalement, et comme j’avais envie d’être aimée. Mais… Le « mais » majeur de ma vie, c’est que je n’ai plus beaucoup de vie, à l’heure qu’il est. Ma vie, c’est Bagdad (ou Kaboul, ou Sarajevo, je ne suis pas l’actualité d’assez près pour savoir quelle comparaison est la plus « de saison ») : un tas de ruines, avec, de loin en loin, un truc encore debout, on ne sait pas pourquoi, mais avec toutes ses fenêtres éventrées, des portes déglinguées et plus d’utilité ; c’est encore là parce que ce n’est pas encore tombé, et plus personne ne sait encore à quoi ça sert, d’abri provisoire, peut-être… Je ne sais pas si j’aime encore mon ex, je ne crois pas, j’ai l’impression de ne plus aimer personne, même pas moi (me suis-je un jour aimée, ça reste à vérifier, oui, peut-être, parfois, dans ton regard). Mes enfants, peut-être, encore que cet amour n’ait jamais été quelque chose sur quoi j’aie souhaité m’appuyer : il est tellement évident que les enfants sont faits pour être un jour des absents. L’espoir ? Non, ça, je n’en ai plus, et j’ai beau chercher, je ne vois pas comment j’en aurais. Mes parents étaient une imposture, ma vie a été un long mensonge cotonneux, où les gens qui m’aimaient croyaient me protéger alors qu’ils ne me préparaient qu’une destruction à retardement, mon mec a été un autre mensonge, dans lequel j’ai rêvé vingt-cinq ans, et dont l’éclatement éclabousse mes enfants dans un désastre comparable au mien, et pour lequel je n’ai pas de pansements parce qu’ils ne sont pas dans mes mains. Il me reste, pour me défendre et défendre ceux que j’ai aimés, l’honnêteté, la vérité, ma vérité, ma pauvre vérité, qui n’appartient pas au monde dans lequel nous vivons ; j’ai été élevée dans des principes d’un autre âge, j’ai fait tout ce qu’on m’a dit de faire, j’ai pensé tout ce qu’on m’a dit de penser, docilement et en y croyant, et je suis devenue ce qu’il fallait que je devienne, quelqu’un de bien (je crois, même si c’est vachement prétentieux), mais dans un monde où ce « bien »-là n’a aucun intérêt parce que aucun écho. Et il m’aura fallu cinquante ans pour réaliser qu’on ne m’a donné que des mots, que j’ai appliqués à la lettre, tandis que les donneurs de mots faisaient tout autre chose de leur existence, des choses pas propres, fausses et laides, tout le contraire de ce qu’ils m’avaient ordonné de faire. La solitude dans laquelle je me trouve actuellement n’a pas de solution dans la compagnie des autres parce qu’il n’y a pas d’autre. Ma meilleure amie m’a demandé un jour (et ça m’avait tellement surprise que j’en étais restée coite) « il n’y a pas des jours où tu t’ennuies avec les autres ? » ; ce jour-là, j’étais encore dans mes illusions, j’étais encore heureuse et vivante, et je n’avais pas compris la question. Je sais que je suis très intelligente, parce qu’on me le dit tout le temps, et ça aussi, ça m’étonne, parce que je n’en ai pas le sentiment, et je me dis que, pour qu’on me le dise si souvent, c’est qu’il doit y avoir un maximum de connards en circulation, et mes pauvres ressources intellectuelles me paraissent si peu admirables que je m’interroge parfois sur celles des autres. Si moi, je suis au top, alors pauvre monde ! (je sais, ça y en a pas français, mais j’espère que tu comprends l’idée). Depuis deux ans que je suis seule avec mon désastre, je comprends chaque jour un peu mieux la question de mon amie. Personne ne comprend ce que je vis ; deux ou trois proches en effleurent vaguement le sens, des femmes, d’ailleurs, laissées pour compte comme moi. Mais elles espèrent en demain, et je ne les décourage pas, parce que je sais trop bien l’effet que ça fait de ne plus avoir d’espérance en demain. Personne ne veut entendre le sens du mot « désespéré » ; et, si j’ai arrêté les anti-dépresseurs, ce n’est pas seulement parce qu’ils me bouffaient la cervelle (même si ça a quand même été la raison majeure) ; c’est surtout que je ne suis pas déprimée, je suis désespérée, et ce n’est pas au linguiste que tu es que je vais expliquer le sens du mot. Je voudrais que tu te pénètres bien du sens de tout cela. Ce n’est pas par manque d’amour, ou par je ne sais quel sentiment, nommable ou pas, que je ne ferai pas de route avec toi, c’est parce que je n’ai plus de route, ni avec toi, ni avec personne. Si je pars en Afrique, ce n’est pas pour y vivre, mais pour y mourir, loin de ceux à qui je ne veux pas laisser le souvenir d’un cadavre plus ou moins dégueu. Je pars, loin, chez un mec qui est à peu près aussi désespéré que moi, sauf que lui, ça fait des siècles qu’il promène avec lui son désespoir, à croire qu’il est né avec ; comme il est plus ou moins homo, je sais que la question du sexe ne se posera jamais, et ça me repose à l’avance ; comme il est très intelligent, je sais qu’on aura de quoi parler le soir au clair de lune (je ne dis pas « au coin du feu, car je suppose, vue la température, qu’on ne fera pas souvent de feu) ; comme il n’attend rien du monde, je sais qu’il n’attendra rien de moi, et que je n’aurai pas besoin d’attendre quelque chose de lui. Si ça fonctionne, je crèverai du palu, ou de la fièvre jaune, peu importe, ce ne sont pas les microbes qui manquent là-bas ; si ça ne fonctionne pas, un petit coin de désert suffira pour s’y perdre, d’autant que chacun, ici, m’aura rangée dans un coin de sa mémoire sur le mode « tiens, ça fait longtemps qu’on n’a pas eu de nouvelles, qu’est-ce qu’elle devient ? Sais pas… Ah bon… ». Personne n’est vraiment nécessaire aux autres, en réalité, et on ne sait tellement pas pourquoi on existe, à quoi bon se donner une importance qu’on n’a pas ? Je ne crois pas que nous parlerons un jour de tout cela, je te l’ai dit, c’est une conversation que je ne peux avoir que par écrit ; à l’oral, je demeure actrice de ma vie, parce qu’il me reste des choses à faire, et que je ne veux pas laisser à la poufiasse qui vit ma vie à ma place le moindre centime que je pourrai détourner au profit de mes enfants. Les acheteurs de mon héritage ont confirmé leur intention, si tout va bien, la première carte de la série vient de se mettre en mouvement, les autres vont pouvoir basculer dans l’ordre. Lorsque tout mon pognon sera dépensé pour installer mes enfants, que tout ce que je possède sera vendu et dilapidé, je serai tranquille. A tous, je parle d’un délai entre trois et cinq ans, mais j’espère bien que je me trompe et qu’il ne s’agit que de deux ans. Sept cents jours à tenir, je peux encore le faire, je crois. Davantage, ça va être dur. Ça l’est déjà. Certains jours, j’ai du mal. Ces jours-là, je me médicamente. Je n’ai que des objectifs à court terme, atteindre demain, tenir le coup encore une heure, deux peut-être. Quand c’est trop dur, je me couche. Je dors pas mal, en réalité. Enfin, je veux dire que je dors en quantité importante. Alors envisager de partager la vie d’un dépressif chronique ? Et qui possède un flingue, de surcroît ? Je n’arriverais jamais au bout du trajet qui me reste à accomplir. Tu vois, tu n’y es pour rien, pour rien du tout. C’est ce que je t’ai dit : « si nous devions finir ensemble, ça fait longtemps que ce serait fait ». Telle n’était pas notre destinée, même si nous avons bien fait la nique à la vie en faisant perdurer une relation autre, différente, finalement bien plus durable. Je dois partir, je devrais même être sur la route depuis un quart d’heure. On se reverra, quoi qu’il en soit. Malgré toutes les limites que ma vie pose aux mots, je t’aime, autant que je puisse aimer quelqu’un, ce qui n’est plus tellement signifiant, mais c’est tout ce qui me reste ; et c’est pour toi, tu es le seul. Tags associés : loin
Samedi 07 Novembre 2009Poster un commentaire
Je viens de recevoir un courriel de ton père, en réponse à une demande d’aide, et je constate, une fois de plus, l’ampleur des dégâts : comme il était, hélas prévisible (pourquoi est-ce que j’ai irrémédiablement l’illusion que les gens ne peuvent pas être aussi cons, qu’ils doivent avoir d’autres ressources, quelque part ???), la teneur en est simple : reproche, culpabilisation, et mépris. Le problème, c’est que tout cela te concerne. J’ai su par la rumeur que tu avais des baisses de moral « de ma faute » ; j’ai su aussi, par l’absence du courrier, que tu es passé à la maison ; mais tu n’as même pas indiqué par quoi que ce soit le moindre signe de vie vraie. Dans le courrier de ton père, je perçois cependant la manière dont l’histoire est racontée, ailleurs qu’ici, où personne, en fait, n’est en mesure de rien raconter, les absents étant par définition, peu bavards. Je résume ce qui ressort de cela : c’est moi qui t’empêche de venir à la maison, c’est de ma faute si tu n’as pas envie d’y venir, c’est moi qui mets des bâtons dans les roues de ton amour (quand on reprend l’historique, ça laisse rêveur…), c’est moi qui t’ai chassé, bref, je suis en tort, et encore en tort, et encore en tort… Et en plus, je fais chier. Tu es une pauvre victime de ta mère qui ne te comprend pas et refuse de te soutenir, alors que tu l’aimes, tant et tant ; souviens-toi d’une de nos conversations (ancienne, forcément) ; je t’avais demandé ce qu’était pour toi la famille, et tu m’avais répondu « des gens sur qui on peut compter » ; que pouvais-je dire d’autre que « tu es quelqu’un sur qui je ne peux plus compter, et depuis longtemps » ? Existe-t-il une autre réponse ? Qu’est-ce que l’amour ? Un mot, qui ne correspond à rien, vu que tu fais, depuis deux ans, maintenant, tout ce dont tu as envie, sans jamais écouter ou respecter ce que je suis, ce que je vis, ce que je ressens. Est-ce cela, l’amour ? A ce train-là, tout le monde peut dire qu’il aime tout le monde, ça ne coûte pas grand-chose. Est-ce que tu sais que, lorsque ta douce m’aperçoit dans l’école, elle tire une gueule de trois pieds de long (ce qui n’est pas rare, chez elle, d’ailleurs, mais là, on atteint des sommets), et qu’elle fait comme si elle ne m’avait pas vue ? Dans quel monde vit-on, pour qu’une jeune fille, que j’ai défendue, encouragée, aidée, qui, depuis, m’empêche, quelque part, de vivre ma vie de mère et ta vie de fils, (et ce, avec ton consentement, d’ailleurs, gardons à l’esprit qu’elle n’est que le détonateur, mais que ta colonne vertébrale t’appartient) se permette de faire la gueule et d’ignorer de manière aussi ostentatoire quelqu’un qui l’a tellement soutenue dans le passé, et qui est même peut-être supposée, un jour, faire partie de sa famille, puisque je présume que vous avez des projets d’avenir. Qui est-elle pour se permettre cela ? Quelle arrogance, quelle absence d’analyse, quelle absence d’humanité, aussi, y a-t-il derrière tout cela ? Et comment veux-tu que les choses s’arrangent, alors qu’elle met cette huile-là sur le feu ? Mais bien sûr, tout cela est de ma faute, j’ai été odieuse avec elle depuis toutes ces années où je la connais, tout le temps et avec acharnement, tout le monde sait cela, surtout les gens auprès desquels elle raconte tout et n’importe quoi à mon sujet, sur mon propre lieu de travail (eh oui, rien de tel que la calomnie pour vous revenir en pleine gueule au moment où on ne l’attend pas…). Quant à toi, la chose est connue, j’ai toujours refusé le dialogue, c’est moi qui suis bloquée sur les conversations personnelles, c’est moi qui t’ai interdit de venir plus d’une fois par trimestre, c’est moi qui ferme la porte à double tour, tous ces week-ends où tu vas chez ton père( peut-être même passes-tu devant la maison), c’est moi qui refuse que tu vives ta vie, d’ailleurs, compte le nombre de fois où j’ai dit non !!! C’est impressionnant, n’est-ce pas ! Tout cela me débecte ; si cela t’atteint le moral, j’en suis désolée, mais qu’est-ce que tu veux que j’y fasse ? Moi, j’en crève depuis deux ans, et tout le monde s’en fout, à commencer par toi. Tu as choisi la fuite. Sans doute que la maison n’est pas marrante. C’est sûr, plaquée par son mec, plaquée par son fils, et dans une vie dont on s’aperçoit, après tout ce temps, qu’on a placé sa confiance dans des gens qui n’étaient pas ce qu’on avait cru, qu’est-ce que je peux faire ? Est-ce que tu ne crois pas que j’aimerais bien aller mieux ? Ah oui, moi aussi, j’aimerais avoir le moral, la pêche, le sourire et la bonne humeur. Et je fais comment ? Il est huit heures trente, je devrais arriver au boulot, sauf qu’après réception de la lettre de ton père, j’ai dû reprendre des cachetons pour calmer les battements de mon cœur, empêcher les larmes et arrêter le dégueulis. La routine, en somme. Sauf qu’en général, je prends ces trucs-là dans la gueule le soir, à un moment où ça ne dérange personne, et je fais tout ça dans mon coin, en essayant de n’emmerder personne avec des soucis auxquels personne ne s’intéresse. D’ailleurs, c’est pas très intéressant. La déprime, le mal être, tout ça est sans intérêt. Mais je n’en peux plus, de rien, et surtout de cette vie où le quotidien se résume à aller gagner la croûte, et à attendre que les problèmes de fric soient suffisamment résolus pour chacun pour que je foute mon camp. Devoirs, obligations, tout cela me paraît de plus en plus dérisoire chaque jour, et je me dis que je suis bien bête de passer autant de temps à m’emmerder pour des gens qui, de toutes façons, s’en sortiront bien un jour ou l’autre. Patienter pour que tu aies un pécule un jour prochain… On atteint le franc ridicule, n’est-ce pas ! Alors je me dis qu’il y a tes frères, qui sont là, eux, et qui méritent ce coup de pouce ; qu’un fils, en réalité, n’a pas à mériter quoi que ce soit. Mais au bout de tout cela, il y a l’évidence que les parents n’appartiennent pas à la vie adulte de leurs enfants, enfin très peu, puisque le but du jeu est qu’ils se démerdent tout seuls, alors un peu plus tôt, un peu plus tard, autant se casser tout de suite, n’est-ce pas. Et comme, à présent, tu sembles tout résumer au fric, puisque tu t’organises pour gagner le tien, tu t’en sortiras tranquillement, surtout que les parents de ta chérie ont les moyens. Evidemment, tu es totalement dépendant d’eux, mais bon, avec de l’amour, tout s’arrange. Surtout ne la quitte pas puisque tu en fais aussi, maintenant, ton assurance-vie ! Je ne suis sur la longueur d’ondes de personne, si j’excepte les rares amis que j’ai, et une main suffit à les compter ; donc, je dois avoir tort, c’est certain. Il doit être normal que les mots de « reconnaissance » et de « respect » n’appartiennent plus aux enfants dès lors qu’ils sont devenus grands ; il doit être normal de ne voir son enfant étudiant que deux fois par trimestre, il doit être normal de n’avoir avec lui que des relations d’argent, il doit être normal que d’autres parents acceptent tranquillement de regarder cette ingratitude et cet irrespect en action, il doit être normal que la future belle-fille voue une haine farouche à la personne qui l’a aidée naguère, tout est normal, sauf moi, et en plus, j’ai tort. Ok. Et après ? On fait quoi ? Si j’en juge par les quelques mots de ton père, vous êtes tous deux en parfait accord ; quelque part, ça ne m’étonne pas. Ça me déçoit et ça me surprend, mais ça prouve juste qu’on peut vivre vingt-cinq ans avec un inconnu. Ça prouve, du coup, que cette vie-là est de trop, qu’elle n’a plus aucune raison d’être, ce que je savais déjà, d’ailleurs, mais qui se confirme chaque jour un peu plus. J’aurais aimé avoir quelques douceurs de la vie avant de la quitter, je n’en aurai pas, ou si peu. Bon, ça ne change au fond pas grand-chose. J’aimerais bien être convaincue que tout cela n’est qu’illusion, que tout n’est pas aussi pourri que ce que je ressens. Sauf que c’est là, et que c’est pourri. Là encore, qu’est-ce que je peux y faire ? Je ne te souhaite pas de connaître un jour ce que tu me fais vivre, c’est tout ce que je peux dire. Si tu trouves cinq minutes pour regarder ta conscience, essaie de modifier un peu le bout de la lorgnette ; là où tu es, ce n’est pas facile, surtout en réduisant ta famille à ton père, que tout cela arrange beaucoup, en réalité ; son soutien auprès de toi (visiblement, pour quelqu’un qui ne parle pas de lui, tu lui as tout de même déjà dit beaucoup de choses, à moins qu’il ne réinvente le dialogue à partir de vos non-dits) compense probablement tout le soutien qu’il ne me donne plus, et la bonne conscience de chacun est en paix. Je retourne vomir, je reviens. Je m’en veux de prendre tout cela tellement à cœur, car, en réalité, je parle dans le vide, à quelqu’un qui va, peut-être, se sentir un peu embêté, qui prendra, en tous cas, toutes les apparences de la peine (pas difficile, le modèle n’est pas loin et connaît toutes les ficelles du chagrin démonstratif), racontera à son compréhensif papa combien il a une vilaine maman exigeante et incompréhensive, et puis on passera à autre chose, et il ne se sera rien passé. Des mots, encore des mots, et, en face, un silence impuissant qui retourne la situation pour se croire très malheureux. Tu n’es pas très malheureux : tu fais les études qui te plaisent (j’espère que tu les fais toujours), tu as ta copine autant que tu le veux, tu fais exactement ce que tu veux, tout le temps, sans aucune contrariété. Tu as mis une croix sur d’autres gens qui t’aimaient parce qu’ils n’étaient pas toujours d’accord avec toi ; malgré les appels au secours, tu suis ta route avec une grande indifférence de fond. Tu racontes à qui veut l’entendre (et Dieu sait si les oreilles que tu choisis sont complaisantes) que tout cela te fait beaucoup de peine, et peut-être réussis-tu à y croire, d’ailleurs ; mais qu’est-ce que la peine ? Un truc qu’on montre aux autres, puis qu’on range gentiment sous son mouchoir ? Qu’est-ce que tu as fait pour que les choses changent ? Rien. Qu’est-ce que tu as fait pour analyser la situation ? Rien. Qu’est-ce que c’est que cet amour qui consiste à cracher sur ce que je suis et ce que je dis ? Rien. Un mot, c’est tout. On peut en prononcer énormément, je répète, ça ne coûte pas grand-chose. Démunie de la plus grande partie de mon affect (c’est tout ce que j’ai trouvé pour survivre), je regarde, désabusée et lucide. Et je vois un grand garçon très dévoué à une certaine situation, et très égoïste sur une autre. Pas d’analyse, pas de recul, pas de compréhension et pas d’écoute ; et surtout pas de dialogue. Et malgré tout cela, c’est encore moi qui suis inquiète. Alors, qu’est-ce que je dois faire ? Quand je fais comme si je gobais tout, tu t’en fous, quand je mets les points sur les i, tu t’en fous ; à part rejeter la culpabilité sur moi, il ne se passe rien. J’attends une piste. Ta mère biologique. Ps, si tu as une adresse mail, ça m’arrangerait, ça me fait suer de passer par ta nouvelle famille pour te parler. Symboliquement, c’est une évidence, mais ça m’ennuie de faire comme si je l’acceptais.
Samedi 07 Novembre 2009Poster un commentaire
Petit ou grand film, c’est selon… Je l’ai vu deux fois cette semaine, et je n’ai pas fait la queue, loin de là… Autrement difficile de voir Welcome ou Gran Torino, excellents films, je n’en doute pas, je vais y aller aussi. Bon, d’accord, 2 millions de spectateurs l’avaient déjà vu sur Arte, économies obligent. Et pourtant… Est-ce parce que je suis prof ? Peut-être. Mais il me semble que ce n’est pas seulement un film pour profs. Après le succès de « Entre les murs », on peut penser que la question de l’enseignement en « zone difficile », comme on dit prudemment, concerne un peu plus que les enseignants. Quel grand film vous avez concocté là, Monsieur Lilenfeld, fable où ne manque aucun détail. De l’immense lassitude du prof constatant que « les élèves sont devenus ses ennemis », à ce cimetière où trois pelés et deux tondus viennent rendre hommage à une personne lambda, et où symboliquement quelques élèves sont là, en jupe, naturellement. Pas plus de dix personnes, car le drame n’intéresse personne, un fait divers de plus, et voilà. J’ai le privilège de faire un autre métier ; le même, mais un autre, parce que, dans le privé, les élèves sont déjà un peu choisis. Et déjà tout cela me parle tellement ; les élèves – ennemis… Passé douze ans, on n’a plus que cela dans les cours, du moins, on ne voit et on n’entend que ceux-là, parce qu’ils accaparent l’attention avec le même type d’attitude – sarcasmes, gaudrioles et mépris, eux qui n’ont que le mot « respect » à la bouche, si lamentablement détourné de son sens réel. Qui a déjà enseigné la musique en classe de troisième – et ce, dans n’importe quel établissement – peut saisir à quel point les mots de « culture », « formation intellectuelle », et « respect », justement, sont « des mots très oubliés ».
Samedi 07 Novembre 2009Poster un commentaire
Vu sur la route une pub pour des frites: "comment manger les frites de mamie sans se taper mamie?" Sur l'image, une petite fille dont deux doigts vaguement crochus serrent les joues avec un rien de férocité, tandis que la mignonne fait la tête. J'espère qu'une association ou une autre va porter plainte (je l'aurais déjà fait, si je savsis le faire); une fois de plus (le japonais virtuel, entraîneur de cerveaux, nous avait déjà dit à quel point un jeune cerveau est meilleur qu'un vieux... merci bien!), le vieux est la personne à abattre, la personne à oublier dans son coin, vieux con qu'il est par définition, "vieux" - pardon "senior du troisième âge" - étant par essence synonyme de dégénéré parasite, incapable, inutile, voire encombrant. Certes, il - ou elle - détient quelques vagues secrets culinaires, quelques traditions (la preuve, les frites sus-nommées), mais heureusement, des jeunes bien intentionnés leur piquent leurs trucs avant de dégager la vieille chose aux oubliettes. Bien sûr, c'est du second degré, et sans doute, l'âge me venant aussi, je défends mon propre bifteck, sans aucun sens de l'humour ... Mais le jeunisme crétin sous-jacent à ce type de second degré commence singulièrement à me sortir par les trous de nez. On aura beau jeu de publier ensuite des affiches à faire pleurer les concierges (ça ne va pas tarder, avec les fêtes de Noël) pour supplier les familles éparpillées d'accueillir un vieux oublié pendant les fêtes, histoire qu'il ne passe pas cette période de l'année comme un croûton de pain derrière son fagot, histoire aussi de se gratouiller la bonne conscience en faisant semblant de s'intéresser aux "personnes âgées". En Afrique, un ancien dicton dit "un vieux qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle". Dans l'Afrique qui se construit, qui nous imite et nous envie, ce dicton disparaîtra sans doute un jour, comme il a disparu chez nous. Mais on y a encore le respect du vieux, pour ce qu'il véhicule d'expérience et de savoir. Notre société "civilisée" massacre son passé consciencieusement, insulte ses aînés et encense sa jeunesse à côté de la plaque. Le mot "vieux" y est devenu une insulte, d'ailleurs, et on préfèrera les synonymes et périphrases déjà citées: "senior", "personne âgée", "troisième âge"... Le vieux a des rides, des cheveux blancs, moins de vue, moins d'ouïe, moins de dents que le jeune; son usure nous rappelle fâcheusement qu'un jour où l'autre, chacun de nous marchera de même vers sa propre tombe. Alors, cueillons, cueillons dès aujourd'hui les roses de la vie, comme dit l'autre... Et fabriquons-nous bien vite des jeunes arrogants, ignorants et farauds, qui, du haut de leur incompétence "apprendront la vie à leurs parents", comme dit une autre pub tout aussi conne! Développons chez eux l'ignorance porteuse de violence et de désarroi, privons-les de leurs racines, aidons-les à les couper plus vite, pour être bien sûrs qu'ils se casseront la gueule avant dix-huit ans (30% de suicides chez les jeunes français... un sur trois... cherchez l'erreur...), nommons de jeunes cons à des postes-clés (vas-y, petit Jean!), et vive la société de demain, enfin jeune! On a quand même une consolation réelle: quand tous ces jeunes cons seront au pouvoir, vieux de tous les pays, mes frères et soeurs, nous serons crevés! Quel repos!
Samedi 07 Novembre 2009Poster un commentaire
|
Liens partenaires
Rubriques
Newsletter
Derniers commentaires
A découvrir
Campagne membre |